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Des livres et des anecdotes : Reportages de l’au-delà

Des anecdotes

 Umberto de Campos

Reportages de l’au-delà

La condition des Esprits dans la vie d’outre-tombe

Dans son ouvrage Après la mort, Léon Denis nous parle de la condition des Esprits dans l’au-delà : « Leur élévation, leur bonheur, tout dépend de leur faculté de sentir et de percevoir, qui est proportionnelle à leur degré d’avancement. Déjà, sur terre, nous voyons les jouissances intellectuelles s’accroître avec la culture intérieure. Les oeuvres littéraires et artistiques, les beautés de la civilisation, les plus hautes conceptions du génie humain restent incomprises de l’homme sauvage et même de beaucoup de nos concitoyens. Ainsi les Esprits d’ordre inférieur, comme des aveugles au milieu de la nature ensoleillée ou des sourds dans un concert, restent indifférents et insensibles devant les merveilles de l’infini.
Ces esprits, enveloppés de fluides épais, subissent les lois de la gravitation et sont attirés vers la matière. Sous l’influence de leurs appétits grossiers, les molécules de leur corps fluidique se ferment aux perceptions extérieures et les rendent esclaves des mêmes forces naturelles qui gouvernent l’humanité. On ne saurait trop insister sur ce fait qui est le fondement de l’ordre et de la justice universels : les âmes se groupent et s’échelonnent dans l’espace suivant le degré de pureté de leur enveloppe ; le rang de l’esprit est en rapport direct avec sa constitution fluidique, laquelle est son oeuvre propre, la résultante de son passé et de tous ses travaux. C’est elle qui détermine sa situation ; c’est en elle qu’il trouve sa récompense ou sa peine. Tandis que l’âme épurée parcourt la vaste et radieuse étendue, séjourne à son gré sur les mondes et ne voit guère de limites à son essor, l’esprit impur ne peut s’éloigner du voisinage des globes matériels. »

La situation des Esprits errants

Avant de suivre un chapitre du livre Reportages de l’au-delà sur la situation des Esprits errants, voyons ce que dit Kardec dans le livre des Esprits :
Question 224 :
– Que devient l’âme dans l’intervalle des incarnations ?
– Esprit errant qui aspire après sa nouvelle destinée ; il attend.
– Quelle peut être la durée de ces intervalles ?
– De quelques heures à quelques milliers de siècles. Au reste, il n’y a point, à proprement parler, de limite extrême assignée à l’état errant, qui peut se prolonger fort longtemps, mais qui cependant n’est jamais perpétuel ; l’Esprit trouve toujours tôt ou tard à recommencer une existence qui sert à la purification de ses existences précédentes.
– Cette durée est-elle subordonnée à la volonté de l’Esprit, ou peut-elle être imposée comme expiation ?
– C’est une conséquence du libre arbitre ; les Esprits savent parfaitement ce qu’ils font, mais il y en a aussi pour qui c’est une punition infligée par Dieu ; d’autres demandent à la prolonger pour suivre des études qui ne peuvent se faire avec fruit qu’à l’état d’Esprit.

Ecoutons ce passage

Amertumes d’un saint
Lors d’une réunion spirituelle, nous évoquions la meilleure façon de cultiver la prière quand un ami déclara :
– Un atavisme dangereux prédispose les spirites à transformer la mémoire d’un camarade désincarné en culte de fausse sainteté. Le bon travailleur du Christ ne fait que remplir son devoir. Il n’est donc pas juste qu’on trouble sa sérénité spirituelle en répétant des scènes mondaines reproduisant exactement les cérémonies cano¬niques. Souvent quand la mort arrache de la convivialité terrestre un frère consciencieux et dévoué, les amis de la doctrine le trans¬forment immédiatement en tabou de fiction inexpugnable.
– Effectivement, s’exclama l’un d’eux, à chaque question que l’on se pose, il est juste de se demander quelle aurait été l’attitude de Jésus. En ce qui concerne la prière, on ne parle pas dans les Évangiles de culte particulier hormis la communion continuelle entre le Christ et le Père qui est dans les cieux.
Sur un ton amical, un ancien prêtre catholique ajouta en sou¬riant avec la bonté de ceux qui ont vécu de grandes désillusions :
– Certes, il est normal que les hommes du monde ne rompent pas les liens d’affection qui les unissent à ceux qui les précédèrent dans le voyage silencieux de la sépulture, et qu’ils conservent dans leur âme les mêmes sentiments de tendresse et de reconnaissance au souvenir de leurs défunts. Toutefois, au chapitre des prières, des sollicitations et des engagements, il convient que la créature s’adresse à Dieu en étant consciente du fait que sa volonté souve¬raine est toujours juste et que sa bonté inépuisable se manifeste d’une manière ou d’une autre par l’entremise des messagers qu’il juge appropriés en fonction des objectifs convoités. Lors de mes expériences dans les sphères à proximité de la planète, j’ai pu constater que les Esprits les plus honorés sur la terre sont ceux qui souffrent le plus à cause de leurs amis imprudents. D’ailleurs, nous avons l’exemple douloureux des « saints » pour illustrer de tels propos. Nous savons que peu d’hommes canonisés par l’église hu¬maine parvinrent effectivement au sommet de la montagne escar¬pée et lumineuse de la vertu. Ces pauvres créatures paient donc cher dans la spiritualité le lourd tribut de l’encens parfumé des glorioles d’un autel terrestre.
La conférence prenait une tournure particulièrement intéressante quand le même ami demanda soudain après une pause : « Vous connaissez l’histoire de saint Dominique Gonzalez ? » Tandis que les participants muets se dévisageaient d’un regard interrogateur, il poursuivit :
– Dominique Gonzalez était un prêtre charismatique, doué d’une belle intelligence et d’une grande vivacité d’esprit. Vu son caractère flexible, sa carrière sacerdotale prit rapidement son envol et lui permit d’atteindre des fonctions importantes et éle¬vées. Il dominait ses compagnons par la puissance de sa verve chaleureuse et persuasive. Il captivait l’attention de ses supérieurs par son humilité extérieure quoique sa vie privée fût souvent marquée par de regrettables faux pas. La vérité est que vers la fin du XVe siècle, il avait été l’inquisiteur général d’Aragon. Mais il fut si répréhensible dans sa façon d’agir alors qu’il assumait les hautes fonctions qui lui avaient été conférées qu’en 1485, les Israélites l’assassinèrent dans la cathédrale de Saragosse au beau milieu des célébrations sacrées.
Notre personnage s’éveilla dans l’au-delà avec de doulou¬reuses blessures conformément à la terrible réalité qui attendait son Esprit imprudent. Mais sur la terre, les ecclésiastiques accep¬tèrent de plaider sa cause pour lui obtenir une place de choix sur les autels humains et parvinrent à leurs fins.
Rapidement, la mémoire de Dominique se transforma en culte de sainteté. Si bien que sur le plan invisible, les tourments de cette âme affligée s’aggravèrent. Honteux et accablé, l’ancien prêtre influent dans le monde se sentait comme un mendiant affamé couvert de pustules. Nous savons que les souvenirs pe¬sants de la planète sont comme des forces invincibles qui nous lient à la surface de la Terre. Même s’il était invisible aux yeux des mortels, le pauvre compagnon fut contraint de comparaitre à toutes les solennités religieuses qui eurent lieu dans l’institution relevant de son culte. Hanté par les accusations de sa conscience, Dominique Gonzalez assista à toutes les cérémonies de sa cano¬nisation quoique gardant le sentiment d’être le plus malheureux des êtres. Les pompes de cet évènement étaient comme des épées intangibles qui perçaient son cœur vaincu et affligé. Les can¬tiques de glorification terrestre résonnaient en son for intérieur comme de ténébreux sanglots d’amertume.
Après cette heure, ses souffrances s’intensifièrent. Son angoisse s’aggrava surtout en vertu de la nouvelle posi¬tion acquise par sa famille. Ceux qui lui étaient liés par le sang considérèrent qu’ils n’avaient plus à travailler ni à faire d’efforts comme le commun des mortels. En tant que parents d’un saint, ils disaient jouir de privilèges. Mais cette attitude s’étendit aussi à tous les anciens compagnons de sa communauté. Bientôt, les rares valeurs du groupe religieux auquel il avait appartenu disparurent. Ses collègues de travail stagnèrent volontairement dans la paresse et s’habituèrent indument aux honneurs successifs. Le groupe avait produit un saint, ce qui devait être suffisant pour garantir une position finale au ciel.
Malheureux, l’Esprit contemplait cette situation en versant des larmes expiatoires. Et son martyre continua. Nous savons qu’un appel venant de la terre est reçu parmi nous dès qu’il est exprimé par un cœur qui se débat dans les luttes rédemptrices du monde. Si le service postal de la planète peut souffrir d’erreurs administratives ou de la mauvaise volonté d’un facteur au point dé détourner la destination d’un message, sur le plan spirituel de telles perturbations n’existent pas. Une requête juste ou injuste émanant des hommes nous parvient par les fils de la pensée dans la clarté divine du magnétisme univer¬sel. Dominique se mit donc à recevoir des demandes chaque fois plus osées de la part de ses nombreux fidèles.
L’âme malheureuse était prisonnière de la terre. À tout ins¬tant, il était forcé de répondre aux appels les plus extravagants et les plus absurdes. Quand un criminel voulait fuir la justice dans le monde, il faisait appel à Dominique en invoquant sa mémoire entre la peur et les prières. Les mères exaspérées dont les enfants avaient pris un mauvais chemin parce qu’elles ne s’étaient pas souciées de leur éducation dès leur plus jeune âge le priaient à genoux de les corriger. Pour parvenir à leurs fins et réaliser de bonnes affaires, les fourbes lui faisaient des promesses. Les filles nubiles suppliaient l’alliance d’un fiancé rebelle et réticent. Les prêtres exigeaient l’attention de leurs supérieurs. En fin de compte, tous plaignants sans scrupules lui demandaient de leur épargner les épreuves qui leur étaient indispensables.
Retenu sur la terre, Dominique déambula ainsi pendant plus d’un siècle chez les fidèles, sur les routes désertes, dans les milieux d’affaires ou dans les repaires des bandits. Son apparence était pitoyable.
Vaincu, il finit par adresser à Jésus la supplication la plus enflammée de sa vie spirituelle. Il lui implora la permission de retourner sur la terre afin de dissimuler dans l’oubli de la chair ses énormes malheurs. Il voulait fuir le plan invisible, détestait le titre de saint, abominait les hommages, était tourmenté par les autels du monde. Voyant que ses larmes étaient amères et émou¬vantes, le Seigneur dans sa bonté infinie ne lui fit pas défaut. Tout comme un groupe d’amis influents peut chercher dans le monde un emploi pour un homme affligé au chômage, cer¬tains compagnons dévoués vinrent offrir au pauvre Esprit souf¬frant une réincarnation en tant qu’esclave au Brésil.
Dominique Gonzalez en fut ravi. À cette annonce, il pleura de joie de gratitude pour Jésus, et peu de temps après, il renais¬sait avec la peau noire des captifs, heureux et profondément réconforté.
Notre ami marqua une pause. Mais comme nous étions tous très intéressés par son récit, je lui demandai immédiatement :
– Et le saint est-il désormais sur les plans les plus élevés de la spiritualité ? Ce serait vraiment étonnant de l’entendre évoquer ses désillusions et sa précieuse expérience…
– Non, pas encore, répondit le narrateur avec discrétion. Dominique a vécu plusieurs incarnations au Brésil et y vit tou¬jours où il lutte pour sa rédemption spirituelle tout en gardant instinctivement la peur la plus terrible de retourner aux sphères invisibles avec un titre de sainteté.

Mais bientôt, les obligations courantes de chacun disper¬sèrent le groupe de discussion, et après un court laps de temps, j’étais à nouveau seul avec mon travail et mes réflexions. Ce jour-là, impressionné par l’histoire de cette expérience amère, je ne pus retirer de mon imagination ce saint qui avait échangé l’encens des autels pour l’atmosphère nauséabonde d’une habitation d’esclave.

Livres de Chico Xavier

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